Domaine Saint-Daumary à Valflaunès sur l’AOC Pic Saint Loup

En 1999, date à laquelle il a commencé son aventure, Julien Chapel était le plus jeune vigneron du Languedoc : 19 ans.

A l’époque, il démarrait avec 4 hectares de vigne. Aujourd’hui, et quelques 11 millésimes plus tard, le domaine compte 20 hectares tous en appellation Pic Saint Loup.

Comment êtes vous devenu vigneron ?

Mon père était à la coopérative, on a rentré des raisins pour les tester et on a tout de suite remarqué qu’il y avait un potentiel. Nous avions un terroir intéressant. La première année nous n’avons fait que 5000 bouteilles, puis petit à petit, nous avons fait de plus en plus de volume.

L’aire Pic Saint Loup est assez étendue : où sont situées vos parcelles ?

Sur les flancs de l’Hortus principalement. Nous sommes sur le côté, en dessous du domaine de l’Hortus. Ce terroir a l’avantage d’être très calcaire sur des petits coteaux. Nous avons l’ensoleillement de la journée, mais grâce à l’Hortus, nous n’avons pas le soleil couchant qui, bien souvent, brûle la pellicule des raisins. A partir de 17 heures, nous n’avons plus le soleil, les raisins se refroidissent plus rapidement que des raisins exposés plein soleil jusqu’à 22 heures. Nos maturités sont donc un peu plus lentes.

Dès le début, Julien a conduit ses vignes en agriculture biologique ; c’est en 2009 qu’il a demandé le label auprès d‘Ecocert,  et le domaine Saint-Daumary sera certifié en 2012.

Quel est votre positionnement par rapport à la démarche agriculture biologique ?

J’ai toujours travaillé avec le cahier des charges, mais, sous l’influence de cavistes notamment étrangers, j’ai dû me mettre à la certification. J’étais assez réticent par rapport au volume de travail supplémentaire, pas à la vigne ou a la cave, mais au bureau, pour la paperasse et la traçabilité. Heureusement j’ai quelqu’un qui peut s’occuper de tout ça maintenant. Je suis plus une personne de terrain. Ensuite, le passage à la certification ne va rien changer, le prix de mes vins ne va  pas augmenter de 15% à cause de la certification, j’ai toujours travaillé comme ça, ça ne changera rien à mes habitudes.

Avez-vous l’intention de vous diriger vers la biodynamie ?

C’est un état d’esprit et une charge de travail supplémentaire. Pour moi, le cahier des charges Ecocert a l’avantage d’être très simple à respecter. En même temps, il est à la fois respectueux du vigneron et de l’environnement ; il me semble bien équilibré avec un rapport coût/hectare raisonnable, alors que la biodynamie présente un coût de main d’oeuvre important.

Quelle est la particularité de votre cave?

Elle est constituée de nombreuses petites cuves, qui me permettent de vinifier cépage par cépage, parcelle par parcelle sur les rouges uniquement. Elle se compose de deux étages, ce qui nous permet d’apporter les cagettes qui ont servi au ramassage du raisin au dessus des cuves. Nous avons un égrappoir mobile que l’on positionne directement au dessus de la cuve, ce qui permet de vider la cagette dans l’égrappoir. La seule manipulation mécanique, se fait au dernier moment quand on vide les cagettes.
Je n’ai pas de table de tri, c’est mon rêve mais il faut pouvoir l’adapter. Le tri à la vigne n’empêche pas un petit bout de rafle de passer au travers. Ce n’est pas très important, c’est une question de finition, ça ne révolutionnera pas mes vins mais j’y pense.

Comment raisonnez-vous les vinifications pour les vins rouges?

Une fois la vendange en cuve, on refroidit et on travaille énormément les raisins pendant les 3 premiers jours. Je peux aller jusqu’à 6 pigeages dans la journée. Après 3 jours je laisse les températures remonter à 18-23° Celsius.

Ensuite les fermentation démarrent naturellement pour les Syrah et les Carignan. Pour les Grenache je préfère levurer à cause des hauts degrés potentiels ; pour les Mourvèdre également car les bactéries y sont à l’aise. Au niveau du travail d’extraction, nous n’effectuons que des pigeages comme avant fermentation, mais plus il va y avoir d’alcool dans la cuve et moins je vais piger, l’alcool agissant comme un diluant de tanins qui peuvent être agressifs. Très rarement je fais un petit délestage mais bien avant que les fermentations aient démarré.

Sur le vin blanc, chaque cépage est pressuré séparément ?

Sur le vin blanc je suis aux antipodes de ce que je fais en rouge. Les volumes étant trop peu importants pour pressurer cépage par cépage et vinifier parcelle par parcelle, j’assemble tout dans le pressoir. Le jus est ensuite refroidi puis clarifié (débourbé) pendant 24 heures. Dès qu’on voit que la fermentation démarre, on met une partie en barrique, l’autre en cuve.

Maintenant que vous savez tout ou presque, voici la partie dégustation des vins du domaine Saint Daumary.

La Boca Loca 2009
Côteaux Du Languedoc-Roussillon
80% Roussanne – 20% Grenache Blanc
Vin Blanc

Cuvée La Boca Loca du domaine Saint Daumary en Pic Saint Loup

La Boca Loca – Saint Daumary – Pic Saint Loup

Seul et unique vin blanc du domaine, La Boca Loca reçoit entre 8 et 10 mois d’élevage : 1/3 de la cuvée reçoit un élevage en barriques neuves et les 2/3  restent en cuve.

L’intensité aromatique est très marquée, le premier nez semble très équilibré et présente des notes d’agrumes (pamplemousse). A l’aération, ces notes s’accentuent et du fruit blanc (poire) vient clore le tout.

L’entrée en bouche est volumineuse, le palais est envahi par les notes fruitées et une sensation de gras typique de la Roussanne. Le milieu de bouche est plus marqué par le pamplemousse et la finale (très longue) est très appréciable, équilibrée entre l’alcool, le sucre et les acides. Un très bon vin blanc du Languedoc à suivre de près !

Voilà le Printemps 2009
Pic Saint Loup
60% Syrah – 30% Carignan – 10% Grenache
Vin Rouge

Voila le Printemps - Saint Daumary

Voila le Printemps – Saint Daumary – Pic Saint Loup

Un élevage 100% cuve pour Voilà le Printemps qui donne un beau vin jeune et croquant.

Le premier nez est lacté, marqué par des odeurs de lies fraîches. L’aération fait du bien car elle laisse les épices s’exprimer, la réglisse particulièrement. Aucun doute, c’est un Pic Saint Loup ! N’hésitez pas à lui donner un peu d’air en carafe 30 min voire 1 heure avant de le servir.

L’entrée en bouche est imprimée d’une fraîcheur désaltérante. L’extraction est très légère, les tanins n’accrochent pas, ils sont même très discrets pour un Pic Saint Loup. Un vin de soif, aux accents languedociens, encore jeune à la finale, gorgée de cassis.

3ème Mi-Temps 2009
Pic Saint Loup
50% Syrah – 25% Carignan – 25% Grenache
Vin Rouge

Troisième Mi-Temps de Saint Daumary

Troisième Mi-Temps – Saint Daumary – Pic Saint Loup

Un élevage entre 12 et 14 mois en barriques pour la Syrah seulement, les deux autres cépages restent en cuve.

Le premier nez est très discret, ce vin a besoin d’ouverture, sa jeunesse et la mise en bouteille qui a eu lieu 3 semaines auparavant ne jouent pas en sa faveur.
L’aération le ramène dans le droit chemin, la garrigue est omniprésente, la réglisse aussi. On perçoit du fruit rouge mais pas assez défini encore.

L’entrée en bouche est, là aussi sur la fraîcheur, qui bascule en milieu de bouche sur le fruit rouge qui avait du mal à s’exprimer au nez : la framboise et le cassis prennent le dessus sur la réglisse. La Syrah s’exprime pleinement sur cette cuvée.

Merci à Julien Chapel d’avoir répondu à nos questions et de nous avoir fait découvrir ses vins qui se classent dans les excellents rapports qualité / prix / plaisir de l’appellation Pic Saint Loup !

Cette entrée a été publiée dans Rencontre avec le par Romain.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *