Les viticulteurs du Languedoc en colère

viticulteurs en colère

Manifestation des viticulteurs du Languedoc en colère le 25 juin 2008 à Montpellier

 

Loin des ambiances feutrées des salons de dégustations, loin des bouteilles d’exception vendues en enchères chez Christie’s, loin des marchés de niches et autres cuvées tirées à quelques centaines d’exemplaires… Bien loin de tout ça, aujourd’hui, à Montpellier, plusieurs milliers de viticulteurs manifestaient leur désarroi face à la crise qu’ils traversent et dont la fin ne semble pas proche.
Quand on demande à ces viticulteurs pourquoi ils sont là, la réponse est quasi unanime: « nos recettes sont inférieures à nos dépenses et nous ne pouvons plus continuer comme ça ».

Des vignerons et leurs femmes, des vigneronnes et leurs maris, des exploitants et des ouvriers, des jeunes et des plus âgés, de tous les syndicats et de tous les bords politiques, mais aussi de simples sympathisants, des élus et des politiques… Tous étaient là pour défendre la cause de la viticulture. Au total, entre 5 000 et 10 000 manifestants étaient dénombrés selon la récurrente litanie « en fonction des sources ».
Et si les chiffres restent – comme toujours – incertains, une chose est sûre: les viticulteurs étaient en fort nombre et leurs inquiétudes face à l’avenir étaient toutes aussi grandes.

Les causes de cette mobilisation sont – entre-autres – la diminution continue des cours du vin (malgrè les faibles volumes produits en 2007 et une campagne d’arrachage vigoureuse censés assainir le marché), le prix des matières premières ne cessant d’augmenter (gas-oil et produits phytosanitaires en têtes), une répartition inégale des marges entre producteurs, intermédiaires et distributeurs et un système faisant peser aux producteurs les coûts de stockage (en effet, un acheteur peut laisser les vins chez le producteur jusqu’à « retiraison », s’écoule alors plusieurs semaines avant le paiement)…

Ici – dans la plupart des cas – ce sont des vignerons coopérateurs. De ceux qui représentent la majorité des exploitants et du volume produit. Egalement ceux qui, s’ils disparaissent, laisseront la place nette aux pays du « nouveau monde » et à sa concurrence agressive.
A mon humble avis, même s’il est absurde de réclamer des aides dès que ça va mal, il est difficile d’abandonner ces hommes et ces femmes à leur situation. D’autant plus que dans quelques années, quand la demande sera plus importante, nous regretterons amèrement les hectares de vignes arrachés et les emplois sacrifiés.

Pour mieux comprendre le problème et saisir l’ambiance de cette journée, regardez cette vidéo où deux manifestants, parmi les autres, expliquent les raisons (personnelles) de leur présence. Et si nous n’avons pas respectés l’équité du temps de parole, c’est parce que la qualité médiocre du son (qui a nécessité un sous-titrage) ne permettait pas d’en dire plus…

Cette entrée a été publiée dans Editorial le par Clément.

5 thoughts on “Les viticulteurs du Languedoc en colère

  1. Hocht Pablo

    La révolte gronde, la situation ne peut plus durer.
    Les prix baissent, la situation devient de plus en plus grave.
    Mais en haut lieux, ne veut-on pas tuer les viticulteurs pour laisser la place aux wineries, aux financiers et aux spéculateurs ?
    Un seul responsable: l’Union Européenne, qui libéralise tout sous prétexte de concurrence libre et non faussée, qui empeche toute aide de l’Etat (car les aides publiques sont interdites en concurrence libre et non-faussée, on peut donc déjà oublier le gasoil à 40centimes !), mais qui permet aux puissants de devenir encore plus riches. Le désarroi des familles de viticulteurs, ces hauts dirigeants européens n’en ont que faire !
    Rien ne sert d’exiger quoi que ce soit du gouvernement, il ne pourra rien faire (et de toute façon ne voudra rien faire, subordonné qu’il est à l’UE).
    Les pécheurs l’ont bien compris « Bruxelle veut nous tuer », c’est pareil pour les viticulteurs !
    Ne nous laissons pas avoir par les beaux discours, les serrages de mains de circonstances (n’est-ce pas Mr Frêche ! Merci pour soutenir l’UE dans la destruction de l’Université en acceptant le plan Campus !!), et concentrons nous sur l’essentiel: la rupture avec l’UE !!
    Les viticulteurs ont droit de vivre du fruit de leur travail !

  2. Clément Léguistin-Maire Auteur de l’article

    Pour répondre à Pablo, je dirai qu’il est vrai que la situation est grave, à tel point que nous risquons de laisser s’éteindre les viticulteurs, la viticulture et une partie de notre identité culturelle (le vin faisant « partie intégrante de [notre] culture », pour reprendre les mots de Proviti qui nous éclaire sur la réalité de sa situation avec sa doléance (suivez le lien)).

    Il est également vrai que la marge de manœuvre est faible.
    Mais si l’Europe semble le principal responsable, c’est sans doute par son fonctionnement actuel. Il ne faut pas oublier que NOUS sommes ces européens et que c’est à nous de construire celle-ci comme nous l’entendons.

    Car dire qu’il faut abandonner ce projet d’union – difficile certes, mais tellement prometteur – qui est a été crée dans le but d’éviter de renouveler les erreurs passées et qui, si nous y regardons bien, peut nous apporter tellement – cela revient à dire que nous décidons d’aller seuls se promener dans la jungle avec pour seule arme, un cure-dent.

    Par ailleurs, pour que nos gouvernants fassent changer ce qui serait à leur portée (je pense par exemple à une redéfinition des contrats entre producteurs intermédiaires et distributeurs), il faudrait deux choses:
    – se faire entendre en pesant dans le rapport de force (en un mot, être malin)
    – être crédible, ce qui exclut toute action (commando) de déprédation.

  3. Hocht Pablo

    Salut Clement,
    je me permets une petit réponse !
    Fonctionnement et nature des institutions sont toujours liés. Penser que l’UE comme elle est construite actuellement, avec son idéologie, acceptera quelque concessions que ce soit, c’est je pense se tromper. Son unique objectif est la concurrence libre et non faussée, cadre dans lequel aucune négociation, aucune aide ne sera possible. Alors là oui, ce sera la jungle !
    Je dis donc abattons cette UE là, et construisons un europe des peuples, avec pour but de s’entreaider, de partager nos atouts (ou lieux de les mettre en concurrence) !
    Et puis, petit à petit, on se rend bien compte que ce rejet de l’UE commence à se propager (referendum en France, aux Pays Bas, grêve en Espagne, en France, en Allemagne, en Italie, referendum en Irlande, la liste est encore longue !), signe que les peuples veulent rompre avec cette machine libérale et commencer à construire une europe qui leur appartiendrait !

    Allez, à bientôt, et merci pour avoir mis le lien !
    Chaoo !!

  4. Thibaut

    Paysan, pécore, plouc, bouseux, vigneron, céréalier, éleveur………j’en suis un, la France vie grace à nous, nos exportations, nos ventes internes au pays, l’emploie que nous proposons, l’entretien de votre « chère » campagne….notre culture !!!

    Le monde entier nous envie sa !
    Le monde entier nous copie !
    Le monde entier viens former ces étudiants et prend nos diplomés !

    Les politiques et l’Etat ne nous défend plus, la réponse à cela est dans les droits de l’homme :

    Déclaration de 1793.
    Article XXXV – Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple, et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.

    Thibaut 30 ans, profession : vigneron mourrant

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