Pierre Galet : une figure méridionale de la viticulture

Du haut de ses 87 ans, Pierre Galet en impose. Il suffit de l’écouter raconter les anecdotes qui ont jalonné sa vie pour comprendre que cet homme n’a pas eu une destinée ordinaire.

J’ai eu la chance de rencontrer Pierre Galet et au cours de son interview, il m’a parlé de son parcours et de sa vision des vins du Languedoc-Roussillon et de la viticulture languedocienne.


Ingénieur agricole de l’Ecole Nationale Supérieure Agronomique de Montpellier (ENSAM), enseignant-chercheur en viticulture dans cette même école, docteur ès sciences, président de l’International Ampelography Society de Minneapolis (USA), Pierre Galet a écrit de nombreux livres techniques sur la viticulture dont certains ont été traduit dans plusieurs langues. Il a également contribué à des ouvrages de « vulgarisation ». Il est reconnu comme un des meilleurs spécialiste de l’ampélographie, cette science qui permet de reconnaître les cépages à partir de leurs caractéristiques physiques, notamment parce qu’il a répertorié une infinité de cépages dans le monde entier. Il a par ailleurs exercé plusieurs professions dont celles d’œnologue, de journaliste viticole ou encore d’inspecteur des bois et plants de vignes au service du Ministère de l’Agriculture. Aujourd’hui encore il continu à donner des cours aux étudiants œnologues de Montpellier.

Pierre Galet

Midi-Vin : Qu’est-ce qui vous a conduit à vous intéresser à la vigne et au vin ?

Pierre Galet :
Après des études d’horticulture à Antibes, j’ai préparé le concours général des Écoles d’Agriculture et étant major, j’ai été reçu à la prestigieuse École d’Agronomie de Paris.
Mais j’ai démissionné de Paris pour aller à Montpellier. Le jour de la rentrée le directeur m’a convoqué dans son bureau en me disant : « Monsieur, quand on est reçu à l’Agro de Paris, on ne demande pas à aller en Province ! ». Je lui ai répondu que j’étais venu à Montpellier pour étudier le vin, parce que de tous les métiers de l’agriculture c’était le seul qui me permettrait de voyager.

Midi-Vin : Quelles activités avez-vous exercées par la suite ? Comment vous êtes vous fait un nom dans le vin ?

Pierre Galet :
Je suis sorti avec mon diplôme en juillet 1939 et manque de chance, le 1° septembre c’était la guerre. Comme je n’avais que 17 ans je n’ai pas été mobilisé pour aller au front à l’inverse de tous mes camarades de promotion et de tous les hommes en âge de travailler. J’ai donc facilement trouvé une première place d’œnologue, dans une cave des Bouches-du-Rhône, pour m’occuper des vinifications. Une fois les vendanges finies j’ai été embauché à la direction d’un journal viticole de Montpellier, le Progrès Agricole et Viticole. Le problème était que mon salaire ne me permettait pas de survivre. J’ai alors trouvé un poste aux Grandes Caves de Lyon chez un négociant qui fournissait les armées françaises sur le front de la ligne Maginot et chez qui je m’occupais des analyses des vins.
Après l’attaque « éclair » d’Hitler et les armées françaises en déroute en mai 1940, les prisonniers militaires ont été démobilisés en août et j’ai perdu ma place aux Grandes Caves de Lyon. Je suis alors retourné vinifier dans les Bouches-du-Rhône dans la première cave qui m’avait accueillie. J’ai ensuite été embauché à Nîmes par la Station Œnologique du Gard. En tant que chimiste j’y donnais aussi des cours d’œnologie.
Plus tard, vers la fin de la guerre, j’ai été réquisitionné au titre du STO pour travailler en Allemagne, alors j’ai déserté. Je suis donc allé à Montpellier où le directeur de l’école d’agronomie m’a caché dans l’infirmerie de l’école qui n’accueillait plus d’élèves, ceux-ci ayant tous été mobilisé pour le STO. J’en profitais pour occuper mon temps à étudier la vigne et notamment l’ampélographie.
A la fin de la guerre j’ai été embauché en tant qu’enseignant et chef de travaux à l’ENSAM, poste que je conserverai toute ma carrière.
Parallèlement, j’étais aussi nommé Agent Technique de la Protection des Végétaux, ce qui m’a conduit à voyager dans toute la France pour vérifier que les cépages plantés étaient bien ceux qui étaient déclarés. Ce dernier travail m’a confirmé en tant que spécialiste de l’ampélographie. J’ai ainsi pu voyager dans les vignobles du monde entier pour répertorier et retracer les migrations de milliers de cépages.

Midi-Vin : Par quelles étapes le vignoble du Midi est-il passé pour finalement devenir ce qu’il est maintenant ?

Pierre Galet :
Au début du siècle et jusque dans les années 70 le vignoble du Sud de la France était, à juste titre, considéré comme un vignoble de production de masse. Les cépages étaient très productifs et peu qualitatifs (Aramon, Alicante Bouchet…). Les vins, alors légers, étaient souvent « mélangés » avec ceux d’Algérie, plus forts en alcool.
De même, il n’existait pas d’AOC pour les vins rouges. Seuls les Vins Doux Naturels et les muscats avaient droit à cette reconnaissance.
A vrai dire, les vins du Midi permettaient d’assurer une forte consommation nationale.
Depuis les années 70, de gros efforts ont été fait dans le sens de la qualité. On a commencé à planter ce qu’on a appelé à l’époque, les « cépages améliorateurs ». Il s’agissait des cépages Bordelais (Merlot, Cabernet Sauvignon…) et Bourguignons (Pinot Noir) mais aussi de la Syrah du Rhône. Les viticulteurs ont aussi compris qu’ils gagnaient plus en vendant des vins de qualité et ont donc diminué les rendements. Ces dernières années les caves particulières qui se sont développées ont également tiré la qualité vers le haut alors que la naissance de l’appellation Coteaux du Languedoc et des appellations sous régionales a contribué à la reconnaissance des vins de qualité.
Aujourd’hui une part des producteurs est restée dans une logique de volume et produisent des vins légers, vendus à faible prix sur les marchés français et étrangers. Ces vins sont désormais directement concurrencés par ceux du Nouveau Monde alors qu’il y a quelques années ils dominaient ce type de marchés. Mais il est difficile de lutter contre les faibles coûts de production et la dérèglementation de ces pays.

Midi-Vin : Quel avenir voyez-vous pour la viticulture du Languedoc-Roussillon ? Quels sont les défis qu’il faudra remporter pour s’adapter à l’évolution de la consommation de vin ?

Pierre Galet :
L’avenir ne sera pas évident pour le Midi et la viticulture.
La consommation de vin en France, par an et par habitant, était d’environ 150 litres dans les années 50. Elle est descendue à moins de 50 litres en 2000. Des gens comme moi qui boivent du vin tous les jours il y en a de moins en moins. Les volumes, ce n’est plus l’avenir.
Cette grande crise de consommation dans les pays traditionnellement producteurs devra être compensée par une consommation accrue dans les pays qui habituellement ne consommaient pas de vin. Si demain 1 milliard de chinois boivent un verre de vin par jour, on a la solution ! Le problème c’est que ces pays plantent aussi de la vigne : le vignoble chinois est estimé à une surface totale de 500 000 ha. C’est autant que le vignoble du Languedoc-Roussillon.
Mais on a un avantage important : la France est le pays du Bordeaux, du Champagne et plus généralement du vin. Il faudra donc savoir garder et utiliser cette image positive.

Bibliographie sélective :

Dictionnaire encyclopédique des cépages, Hachette, 2000
Précis d’ampélographie pratique, Galet, 2001
Grands cépages, Hachette Pratique, coll. « Livret du Vin », 2006
Dictionnaire des vins de France, Hachette Pratique, coll. « Livret du Vin », 2001 (Pierre Casamayor, Antoine Lebègue, Pierre Galet)

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