Archives pour la catégorie Histoire de la Vigne et du Vin

La Marsanne un cépage peu connu en Languedoc

La Marsanne et la Roussanne

Du Nord de la vallée du Rhône au Roussillon, la Marsanne compose très souvent les assemblages des vins blancs des multiples AOC existantes. Souvent confondue avec la Roussanne, il existe pourtant des différences majeures aussi bien à la vigne qu’en cave.

Les deux cépages étant très souvent assemblée, on connait peu le goût réel de la Marsanne à moins d’avoir eu la chance de la déguster chez le vigneron avant l’assemblage ou d’avoir ouvert des bouteilles estampillées 100% Marsanne.

On ne connait pas l’origine exacte de ce cépage, néanmoins on sait qu’il est originaire de la Vallée du Rhône septentrionale entre Lyon et Valence. C’est d’ailleurs sur ces terroirs de la Vallée du Rhône qu’il est le plus célèbre. Il compose les vins blancs d’Hermitage, de Crozes-Hermitage, de Saint-Péray et de Saint-Joseph. A savoir aussi que la marsanne et la roussanne peuvent entrer dans la composition de certains vins rouges de ces appellations (Crozes-Hermitage, Saint Joseph) dans des proportions réduites (à peine 10 ou 15%).

Ces deux cépages entrent aussi dans la composition des vins blancs des Côtes du Rhône Village Blanc et Côtes du Rhône Blanc. A noter que l’appellation Cassis est la seule appellation de Provence à y faire figurer la Marsanne dans ses décrets d’appellation.

En Languedoc, on le retrouve dans les vins blancs de l’AOP Languedoc.

Ce sont les australiens qui comptent le plus de Marsanne dans le monde (80% de la superficie mondiale). En France, on compte environ 1 300 hectares plantés.

Ampélographie

Cépage Marsanne

Pierre Galet décrit ses feuilles comme grandes et épaisses, très grossièrement bullées et luisantes. Les grappes sont moyennes et peu compactes. Les baies qui la composent sont petites et sphériques d’un blanc doré avec de petites taches rousses à maturité.
Ses rameaux sont anguleux et mous.

Caractéristiques culturales

La différence majeure avec la Roussanne tient en un mot : vigueur. La Marsanne est un cépage vigoureux. Il convient de maîtriser sa vigueur au risque de récolter des raisins en sous-maturité et de produire des vins sans grand intérêt.

On l’implante sur des terres peu fertiles mais sa vigueur peut lui permettre de se satisfaire de terres médiocres : son terroir idéal se situe cependant sur un coteau caillouteux à l’ensoleillement abondant.

Ce n’est pas un hasard si l’on trouve plus de Marsanne que de Roussanne en France. La Marsanne étant plus productive, elle a souvent été plantée au détriment de la Roussanne, rentabilité oblige.

Sensible à la pourriture grise, à l’oïdium et au vent, la culture de la Marsanne nécessite un bon palissage afin d’ordonner et de soutenir les longs rameaux fragiles qui supportent les grappes.

Attention à privilégier un enracinement en profondeur dans les régions les plus sèches car c’est un cépage qui peut s’avérer sensible à la sécheresse. Les vignobles septentrionaux ne connaissent pas ce problème.

Aptitudes oenologiques

Une des raisons pour lesquelles la Marsanne est moins apprécée que la Roussanne tient dans la qualité des vins produits.

La Marsanne produit des vins peu acides et donc au potentiel de vieillissement moins important que la Roussanne.
Néanmoins dans le Languedoc et le Roussillon, une Marsanne bien conduite au vignoble peut anoblir un assemblage de Grenache Blanc ou de Macabeu aux arômes moins puissants.

Depuis 1988, ce cépage est autorisé dans les assemblages de vins blancs dans le Roussillon.

Les arômes principaux que l’on retrouve sont la pêche de vigne, le coing, l’abricot, la noisette, les arômes de fleurs blanches (plus difficiles à déceler) et le miel.

Souvent assemblée à la Roussanne dont elle compense les faibles rendements, ses aptitudes s’effacent face à ce cépage aux arômes plus subtils et plus persistants dans le temps.

A noter que l’appellation Saint-Péray en Côtes du Rhône septentrionales produit des vins blancs secs avec la Marsanne mais aussi d’excellents vins blanc pétillants.

Un peu en retrait par rapport à la Roussanne, la Marsanne apporte tout de même sa pierre à l’édifice dans de nombreux assemblages. Bon nombre de viticulteurs l’apprécient en assemblage avec la Roussanne, d’une part pour contre-balancer les faibles rendements de cette dernière mais aussi pour apporter un peu de légèreté à leurs assemblages.

Dans le Roussillon, on relève le « faible » caractère des Grenaches Blancs et autres Macabeu.

Essayez de noter une différence en dégustant des vins à large pourcentage de Marsanne de différentes régions de production et de différents producteurs.

Midi-Vin vous propose une sélection de vins blancs où vous trouverez dans l’assemblage de la Marsanne en plus ou moins grande proportion selon la cuvée.

Crédits photo :
– Marsanne : By Viala et Vermorel (Ampélographie) [Public domain], via Wikimedia Commons

Le cinsault : un cépage typiquement méditerranéen

Le Cinsault est il en voie de disparition ?

Cinsault : la grappe

Voilà un cépage qui a la mauvaise habitude de disparaître de nos terroirs du Languedoc Roussillon et de la vallée du Rhône. En effet, en 2006, on estimait la surface plantée du cinsault à 25000 hectares soit une surface qui aurait été divisée par 2 en moins de 40 ans. Ce cépage tardif (dit de 2ème période ou 3 semaines après le chasselas qui est le cépage étalon) a plusieurs inconvénients : il peut se montrer assez productif dans les terrains riches (type limon de plaine), il est sensible au maladie du bois (esca notamment), aux acariens, le ver de la grappe ce qui en fait un plant de vigne avec une durée de vie assez courte en moyenne, il est sensible au calcaire et peut développer des signes de chlorose. Mais il supporte bien le vent et la sécheresse, il est d’une fertilité régulière, ces grains sont juteux et toujours doux pouvant même être consommés en raisin de table où on le retrouve sous le nom d’oeillade (génétiquement très proche). Il existait une tradition viticole qui consistait à planter quelques plants de cinsault dans une vigne pour le plaisir des vendangeurs. C’est un cépage à grain noir et à chair blanche comme ces cépages emblématiques d’autres régions que sont le Gamay (vins du Beaujolais) ou le Pinot Noir et le Pinot Meunier (qui composent le champagne blanc de noirs). Il entre souvent dans la composition de rosé (le rosé de Cabrières est un rosé où le cinsault doit être présent pour au moins à 30% de l’assemblage, le Tavel rosé emblématique des Côtes du Rhône), est vinifié de plus en plus en rouge en mono-cépage pour donner des vins frais et légers, qui raviront les amateurs de vins avec un titre alcoolométrique proche des 12°C mais avec une intensité aromatique présente (framboise, fruits secs, fleurs blanches).

J’ai eu la chance de découvrir le 100% Oeillade de Thierry Navarre, producteur emblématique sur le terroir de Saint Chinian Roquebrun sur un magnifique terroir de schistes. C’est un vin très rond, sans acidité marquée mais avec une texture souple, gourmande, et un plaisir immédiat. C’est pour nous un des vignerons référents du Languedoc Roussillon, avec un travail sur le matériel végétal, l’absence d’intrants, de la biodynamie. Personnellement, je trouve que les rouges contenant une proportion de cinsault (de 20 à 30%) ont une buvabilité bien au-dessus de la moyenne : c’est un critère qui est de plus en plus recherché

Chez Midi-Vin, nous avons plusieurs cuvées 100% Cinsault : deux vinifiés en rouge et une cartagène. Les deux vins rouges sont réalisés dans des objectifs complètement différents.

Le Freesia Rouge du Mas d’Espanet : c’est le vin rouge qui ne doit pas quitter votre table l’été : le vin de copain, le vin du travailleur manuel (on peut boire 1 ou 2 verres à midi sans avoir une sensation d’être assommé), le vin que l’on peut rafraîchir pour boire à la façon d’un rosé, le vin plaisir instantané.  Mais avec un joli nez fruité et une bouche très rafraîchissante. Selon les années, un petite pointe de grenache y est ajouté en cas de production de cinsault pas assez abondante.

Freesia Rouge - Mas d'Espanet

 

Le Pradel de la Terrasse d’Elise : attention OVNI (object viticole non identifié). L’objectif du vigneron est clair : un cinsault vinifié comme un pinot noir de bourgogne avec un élevage en barriques neuves. Il fallait oser mais le résultat est vraiment à la hauteur. Et si vous le laissez vieillir, vous pourrez accéder aux arômes de cerise à l’eau de vie, de rose, de fleurs séchées. Malheureusement, c’est un vin rare.

Le Pradel - 100% Cinsault très bourguignon

La Cartagène du Mas Jullien : la cartagène est une spécialité languedocienne qui consiste à additionner de l’alcool vinique pour arrêter la fermentation alcoolique. Olivier Jullien a fait le choix du Cinsault pour sa cartagène notamment pour ces jolis profils arômatiques de fruits secs et de rose. Un vin de liqueur dont on se délectera avec un joli dessert aux fruits rouges ou une salade de fruits d’été.

La Cartagène du Mas Jullien

On aurait aimé aussi vous présenter la cuvée Les Cieux du Mas Conscience mais malheureusement notre allocation est trop famélique. Le cinsault a ses adeptes et David en est un. N’hésitez pas à sortir du rang donc …

Crédit photo : Par JPS68 via photoshop (Ampélographie Viala et Vermorel) [Public domain], via Wikimedia Commons