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Lutte contre le court-noué

Le Court-Noué

Le court-noué ou dégénérescence infectieuse comprend une panoplie d’anomalies sur divers organes de la vigne tels que les entre-nœuds courts sur les sarments qui ont donné le nom courant de court-noué à cette maladie. Deux virus sont à l’origine du court-noué : le virus du court-noué (GFLV : grapevine fanleaf virus), le virus de la mosaïque de l’arabette (AMV : arabis mosaic virus).

Transmission
Les virus responsables du court-noué sont transmis de vigne en vigne par le greffage et par des nématodes dans le sol. L’utilisation de matériel de multiplication contaminé conduit à une dissémination de la maladie de vignoble à vignoble tandis que la transmission par les vecteurs, cause des foyers limités dans le vignoble. La transmission vectorielle est très spécifique et se produit par le biais de nématodes appelés Xiphinema index et Xiphinema diversicaudatum.
Ce nématode vit dans les sols à des profondeurs variables. Il ressemble à un petit vers rond et ne se déplace que très lentement d’une année à l’autre (environ 1,50 m) d’où une contamination limitée comparé à du matériel de reproduction infecté. Pour se nourrir, le nématode va piquer les racines et transmettre le virus s’il est infecté. Ce nématode peut survivre dans les sols après arrachage de la vigne pendant 4 à 5 ans sur les morceaux de racine non extirpés. Dans le but de limiter la propagation dans les vignobles français, il est conseillé de laisser reposer le sol 10 ans avant de replanter une parcelle de vigne ou de désinfecter le sol à l’aide de fumigants (gaz que l’on introduit dans le sol afin d’y détruire des organismes vivants dits nuisibles).

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Nématode Xiphinema index source : INRA colmart

Symptômes

Les symptômes foliaires sont visibles à partir du début de l’été. La panachure est le symptôme le plus frappant. Il s’agit d’une jaunisse partielle ou complète de la feuille dont l’intensité semble dépendre du cépage ainsi que de la souche du virus.
Sur les sarments, on constate des entre-cœurs très courts, des doubles nœuds, des fasciations et des bifurcations anormales.

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Symptôme « panaché » du court-noué. source: IFV

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Différents symptômes sur sarment. Source : eac07viticole.mon3w.fr

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Symptômes sur les sarments. Source : eac07viticole.mon3w.fr

Les symptômes sur les grappes sont le millerandage et la coulure. La dégénérescence affecte donc à la fois le rendement pouvant être réduit de 50% et la longévité des ceps. Une vigne atteinte de court-noué ne peut être sauvée c’est pourquoi il est important de mettre en place une lutte préventive dès le greffage en pépinière des nouveaux plants pour la plantation d’une parcelle ; désinfecter ses outils de taille, raser et sortir la souche infectée de la parcelle pour éviter la contamination des souches voisines.
Attention toutefois de ne pas confondre le court-noué avec d’autres maladies, ou avec des dégâts causés par des herbicides ou simplement une carence nutritive (les feuilles peuvent prendre la même couleur). Pour cela il est nécessaire de mettre en évidence le virus par diverses méthodes effectuées en laboratoire.

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Symptômes sur feuille: la feuille se déforme et prend une couleur particulière. source:eac07viticole.mon3w.fr

Le Némadex AB : une réelle avancée

Ce nouveau porte-greffe permet donc de limiter la propagation du court-noué. Le travail  d’Alain Bouquet (l’extension AB du Némadex) aura duré 20 ans et à la suite de nombreux croisements entre différentes variétés de vignes et de porte-greffe, les essais se sont montrés concluants, suffisamment pour demander une inscription au catalogue des porte-greffes.
Les essais ont étés menés dans l’Hérault depuis 1999 à Villeneuve-lès-Maguelone au domaine du Chapitre (domaine expérimental de l’INRA). Sur une parcelle fortement infectieuse, du Cabernet-Sauvignon a été planté sur le porte-greffe Némadex AB et sur du SO4. Le constat est simple : 8 ans plus tard, 20% des porte-greffes Némadex AB sont infectés contre 90% pour le SO4. Le Némadex AB démontre ses capacités à freiner la propagation de la maladie.
Mêmes résultats à Châteauneuf-du-Pape où en 2003, une parcelle de Grenache à été greffée sur Nemadex AB et sur 110 Richter. Au final, c’est plus de 80% des plants contaminés pour le porte-greffe 110 Richter contre une contamination proche de zéro pour Némadex AB. Le type de sol et/ou le type de cépage ont sans doute une influence sur la propagation du nématode et sur l’efficacité du nouveau porte-greffe.
Entre 2007 et 2009, il a été mis en place des essais partout en France pour un total d’une vingtaine de parcelles composées de différents cépages et divers porte-greffe, Némadex AB restant le porte-greffe témoin. Les résultats obtenus dans les années futures seront précieux pour étudier le comportement de ce nouveau porte-greffe dans des conditions climatiques différentes, des sols différents avec des cépages différents.
Même si ce nouveau porte-greffe n’est pas résistant au court-noué mais seulement tolérant, c’est tout de même une grande avancée face à cette maladie qui ravage le vignoble français et mondial, et contre laquelle seuls des moyens de lutte « dérisoires » existaient jusqu’alors. Espérons que la recherche progresse encore.

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Court-noué sur parcelle, localisation instantanée. source : INRA

Une cuve en forme d’oeuf

Les fabricants de matériel débordent d’imagination en mettant leurs talents au service du vin et nous laissent toujours admiratifs devant la multitude d’idées, petites ou grandes, qui émergent chaque année des projets secrets de leurs ingénieurs.

La cuve ovoïde ou cuve en forme d’oeuf

C’est une cuve en forme d’œuf qui fait parler d’elle depuis quelques années. Oui, un œuf en béton qui semble redistribuer la donne en matière d’élevage des vins.
La société Nomblot basée à Ecuisses en Saône-et-Loire, commercialise cette étrange cuve, aux allures modernes et high-tech comparée aux bonnes vieilles barriques que l’on connait.
Le résultat est très plaisant à l’œil et tranche avec un chai à barriques traditionnel. Design réussi donc mais quel est le réel intérêt d’une telle cuve ?

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Cuve ovoïde en version élevage – Crédit photo: site web gpe.mabulle.com

Les essais comparatifs positifs
Vendues comme cuve à fermentation ou d’élevage, les œufs de Nomblot sont à l’heure actuelle surtout utilisés pour l’élevage.
La plus petite cuve d’une contenance de 6,70 hectolitres (670 litres) pèse 1,3 t et coûte environ 3 200 € soit 1 200 € de plus que 3 barriques représentant à peu de chose près la même contenance. Pourquoi donc, un viticulteur irait acheter cette cuve plus difficile à installer qu’une barrique et plus chère ?

La réponse est simple : les cuves en « œuf », tout comme les barriques, permettent un élevage des vins grâce au béton et à sa microporosité, mais sans les boiser, en respectant le fruit. De plus, la cuve étant en béton, le viticulteur peut la garder très longtemps. Il peut également alterner l’élevage d’un vin rouge et d’un vin blanc, chose impossible pour le bois qui se conservera plusieurs années certes, mais qui ne pourra pas accueillir un vin blanc en élevage après y avoir reçu du rouge ; le vin blanc serait tâché du fait des anthocyanes du vin rouge piégées dans les douelles des barriques !

Cet argument commercial semble acceptable mais le plus intéressant reste à venir.

Du fait de sa forme ovoïde, la suspension naturelle des lies est favorisée grâce aux mouvements de vortex créés. Aucun bâtonnage (action de remettre les lies en suspension dans une cuve ou une barrique) ou brassage n’est nécessaire. Un gain de temps important en cave et un effet positif sur le vin.
En effet, d’après les premiers essais comparatifs menés sur ces cuves par rapport à une barrique, les vins apparaissent beaucoup plus gras en bouche et beaucoup plus fruités.

Les essais continuent et sont de plus en plus poussés : il est indéniable qu’à la lecture des différents essais menés, il se passe quelque chose dans cette cuve. La plus notable est que les vins ressortent plus gras que d’autres et l’intensité aromatique y est plus marquée.

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Cuves ovoïdes en version vinification: une porte et une vanne de plus que sur le modèle élevage – crédit photo: Reussir Vigne

L’essentiel en vidéo
France 3 Aquitaine a réalisé un reportage sur l’utilisation de cette cuve ovoïde chez Fabien Castaing, vigneron du domaine Moulin-Pouzy à Cunèges en Dordogne. On y voit la cuve ovoïde et le mouvement continu qui favorise la remise en suspension des lies.
Au début du reportage, le vigneron bâtonne ses barriques. L’œnologue conseil du domaine cité dans la vidéo est Julien Belle, directeur du centre œnologique de Cadillac-Podensac et à l’origine de nombreux essais menés sur ces cuves.

La surenchère est lancée

Nomblot propose sa cuve en version 670 litres, 16 et 30 hectolitres. Les deux derniers modèles peuvent recevoir du moût en fermentation. Mais la concurrence se démarque et frappe fort.

Taransaud, fabricant de barriques et foudres mondialement connu a fait sensation au salon Vinitech à Bordeaux en 2010. Ils ont tout simplement réalisé la première cuve ovoïde en bois.
Baptisé Ovum, ce bijou a été réalisé par les meilleurs ouvriers de France de l’entreprise et a nécessité des trésors de technologie et d’inventions ! Pour une contenance de 20 hectolitres, il faudra par contre débourser 30 000 € ! Cette cuve est une pièce unique, un objet de luxe destiné à la maison de Champagne Marquet. Depuis, d’autres fabricants (Foudrerie François par exemple)  ont réalisé ces petits bijoux.
Parions que les demandes de grands crus bordelais affluent d’ores et déjà chez Taransaud en vue d’être les heureux propriétaires d’un foudre, idéal pour la réalisation de grands crus d’exception.

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Ovum de Taransaud en présence du président de la société Henry de Pracomtal – Crédit Photo: site web Sud Ouest

Domaines commercialisés par Midi-Vin qui utilisent des cuves ovoïdes :

  1. Domaine de la Marfée : nous avons dégusté lors de Millésime Bio 2013 les premières cuvées faites dans les cuves ovoïdes. Il s’agit des cuvées en rouge (élevage du mourvèdre de mémoire fait dans les ovoïdes) et notamment Les Champs Murmurés. Le résultat est assez remarquable : le vin a un côté aérien avec une finesse en tout point (matière, suavité, arôme). 
  2. Domaine Gauby : on sait bien que Gérard Gauby est un précurseur. Il vinifie certaines de ses cuvées rouges dans les cuves pyramidales réalisés spécifiquement pour lui par la société DV Tec vinicole