Vin rosé : la polémique

Le service du vin rosé

Le service du vin rosé

Cette fois-ci je ne tiens plus.
Au départ, ce débat sur le coupage des vins rosé me semblait assez futile. C’est pourquoi j’avais décidé de ne pas en parler. Et de toute façon il y a peu de chance, au vu de la mobilisation, que cela passe.
Mais la médiatisation du sujet aidant, la polémique enfle. Et à la veille de la décision il semble important de mettre les choses à plat.

Explications …

Le fait est que les vins rosés sont actuellement à la mode. Pourtant ce produit a souvent été considéré par les œnologues comme un produit « bâtard » entre vin blanc et vin rouge (voir à ce sujet l’article sur les vins rosés et la gastronomie).
Notons que c’est sans doute ce désintérêt des spécialistes qui a conduit à l’essor de ce type de produit. Car le vin rosé est exempt des codes et des rites – complexes – qui entourent la consommation des vins blancs et rouges. Le rosé, boisson simple, boisson de plaisir, rassure le consommateur…

Or, vous le savez tous maintenant, le rosé est traditionnellement issu de raisins rouges ayant subi une courte macération (exception faite du Champagne rosé qui est issu de l’assemblage de vin rouge avec des vins blancs).
La durée de cette macération va conditionner la couleur future du vin: du rosé pâle à la teinte saumon au rose intense à la teinte groseille.
Et le type de vin sera bel et bien différent.
Dans le premier cas, pour les rosés de pressurage, la bouche et les arômes seront frais, fruités (agrumes) et croquants. Ce sont plutôt – excusez l’expression – des « rosés de soif ».
Dans le cas des rosés aux couleurs profondes (rosés de saignée) le vin s’exprimera plutôt sur le gras, la rondeur et un fruité plus marqué par les fruits rouges. On parlera alors plutôt de « rosé de gastronomie ».
Un rosé de saignée, je le rappelle, est élaboré après soutirage d’une petite partie d’une cuve destinée à faire du vin rouge. Cette technique permet notamment de concentrer le vin rouge futur en augmentant le rapport marc/jus.
Les différences sensorielles entre saignée et pressurage tiennent plutôt au fait de la maturité des raisins récoltés. Dans le cas des rosés de pressurage on cherche à récolter des raisins possédant une belle acidité et peu de couleur. Alors que dans le cas d’un rosé de saignée on cherchera à atteindre une maturité favorable à l’élaboration de vin rouge: l’acidité sera plus faible et le vin final sera plus alcooleux.
Mais peu importe, le fait est que la mode est plutôt aux rosés pâles possédant des arômes aériens. En un mot des vins frais et légers.

vin rosé

Une saignée effectuée pour élaborer un vin rosé

 

Mais alors d’où nous vient cette polémique ?

Nous avons d’une part une demande croissante pour les vins rosés (qui reste somme toute inférieure à la demande des vins blancs ou des vins rouges). D’autre part, dans les pays traditionnellement producteurs (France, Italie, Espagne…), la demande des vins blancs et rouges diminue.
L’idée était simple: transformer les excédents de blancs et de rouge en vin rosé. En un mot ajouter une faible quantité de vin rouge (0,5 à 2 %) dans du vin blanc.
La recette est connue depuis bien longtemps: lors de l’élaboration des vins blancs, le vinificateur doit d’ailleurs se méfier des tuyaux et autres pompes mal rincés et ayant servi à transporter des vins rouges…
Pourtant, si la recette est connue on sait également que ce n’est pas comme ça que l’on élabore les meilleurs rosés…
A partir de ce constat on peut estimer que les producteurs sont capables de prendre leurs responsabilités !

Que va-t-il se passer maintenant ?

Au vu de la mobilisation, en France (1/3 des volumes mondiaux de rosé) avec des régions telles que la Provence ou le Val de Loire, mais également en Italie ou en Espagne, il y a peu de chance que cette loi passe.
Au pire, ce qu’il risque d’arriver, c’est la création d’une mention supplémentaire « rosé traditionnel ». De quoi complexifier un peu plus l’offre de vin déjà bien alambiquée…
Non, le vrai problème c’est que cette polémique va semer le trouble chez le consommateur: de peur d’acheter un vin « trafiqué » (et bien que ce ne soit pas réellement le cas) ne risque t’il pas de ne pas en acheter du tout.
On sait très bien que devant la masse d’information auquel nous sommes soumis nous avons tendance à faire des raccourcis.
Alors, amis viticulteurs, n’aurait-il pas mieux valu dès le départ chercher une autre ligne de communication?
En tout état de cause la décision est en attente pour cause d’élections. Le verdict : vendredi 19 juin 2009.

Dégustation de vin rosé

Dégustation de vin rosé

Gageons en tout cas que les producteurs consciencieux continueront à produire des vins rosés à la qualité toujours accrue et bien sûr, fidèles aux traditions viticoles.
Des rosés de gastronomie, gras et charnus, tels ces Mas Jullien Rosé (voir le commentaire de dégustation), Mas Bruguière Rosé ou ce Zoé Rosé de la Préceptorie.
Mais aussi des rosés frais et aériens, aux notes de pamplemousse et de fruits exotiques, comme ce rosé du Château Puech-Haut ou encore ce Château Coujan rosé.

2 réflexions au sujet de « Vin rosé : la polémique »

  1. Ping : Coupage et vin rosé : beaucoup de bruit pour rien au final ! | Midi-Vin : le blog des vins du Languedoc Roussillon

  2. Julie

    Halte aux polémiques, et vive les rosés de qualité, qui viennent nous rafraîchir en plein coeur de l’été !

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